Le Houérou du Riou Moulé

  • Par lesm2
  • Le 14/02/2019
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Il y a bien longtemps de cela, vivait le houérou. C'était le temps où l'eau n'arrivait pas encore dans les chaumières.

Il fallait aller la chercher à la source, dans des seaux pesants et instables. C'était là le travail, dur, pénible mais indispensable, des jeunes filles.

Celles de Montcaup puisaient l'eau du torrent rugissant et fracassant du Riou Moulé: elles marchaient un grand moment pour y parvenir, le long de ses berges capricieuses, à travers roches et estives.

Elles s'y rendaient à plusieurs pour deviser en chemin et se raconter les légendes du pays... surtout celle du houérou à laquelle, pourtant, tout le monde disait ne pas croire, pensez,

une bête,

haute de trois mètres

ressemblant à un ours, énorme

et qui selon les conteurs, enlevait

les jeunes vierges!

Cette histoire faisait rire les villageois et le houérou n'effrayait personne.

 

*****

Vînt un jour, malgré tout, où une vierge de Montcaup disparut...

Pour les habitants, il était impossible que ce fut le houérou, vu qu'il n'existait pas!

 

Ils accusèrent alors les ours.

« Tuons les tous! » crièrent les hommes.

Dans un tonnerre de coups de fusils et de cris enragés, les ours périrent.

Pas un n'en réchappa. Ce fut un massacre!

 

*****

 

... Mais les jeunes vierges continuèrent à disparaître....

Le houérou devait exister...

Tout ce carnage d'ours pour rien!

 

*****

Les jeunes filles ne voulurent plus aller puiser l'eau au torrent du Riou Moulé.

Leurs frères, quand elles en avaient un, proposèrent de s'y rendre à leur place.

Mais le temps des moissons appela les garçons aux champs.

Le problème devenait plus que sérieux...

Les villageois de Montcaup se réunirent dans l'étable. Tout en trayant les vaches, ils prirent une décision: le père de Guilhaumette, la dernière vierge, irait au torrent du Riou Moulé, avec comme appât, sa fille...

 

*****

Il n'attendît pas longtemps avant que n'apparaisse une silhouette gigantesque, mi-bête, mi-homme, qui s'empressa d'emporter Guilhaumette qui se débattait et hurlait, sous son bras.

Le père les suivit, prêt à intervenir.

 

...Mais le houérou marchait vite...

...beaucoup trop...

Le père de Guilhaumette accéléra le pas. De plus en plus.

En vain.

Le houérou l'avait semé.

 

Hébété par l'angoisse, errant, ne sachant plus quel chemin prendre, il se désespérait:

« ma fille

mon unique fille

dans les mains de ce monstre!

Mon Dieu, qu'ai-je fais?

Je dois les retrouver. »

 

Essayant chaque sentier, le temps passait.

 

*****

 

Le houérou, lui, était arrivé à sa tanière et déjà, avait plongé Guilhaumette dans un bain d'huiles parfumées au chévrefeuille, à la marjolaine et au serpolet.

Bien qu'apeurée, ce traitement lui semblait agréable.

 

...

 

C'est à ce moment que le père de Guilhaumette parvînt à la tanière. Il ne comprenait pas ce qu'il se passait:

Dans un coin sombre,

des dizaines de jeunes filles se languissaient,

le teint pâle,

le regard fixe.

 

...

 

Sous la voûte éclairée d'une seule torche, le père de Guilhaumette reconnut, suspendue par les poignets, enveloppée d'une tunique de mousseline blanche, presque transparente, la fille de la dentelière de Montcaup...

Le houérou lui embrassait le bas du ventre...

Elle respirait fort;

elle aimait ses caresses.

Il passa alors sa grosse main sous la tunique et...

d'un doigt,

la déflora.

 

Quelques gouttelettes de sang tachèrent la mousseline blanche en guise de sceau.

 

Le père de Guilhaumette entendit le houérou annoncer:

« Plus qu'une, maître,

Et je serai immortel et invincible.

J'anéantirai les Hommes pour régner sur ce Monde

et de ces jeunes filles soumises que j'engrosserai,

naîtront mes sujets! »

 

 

Tout devenait clair à présent pour le père de Guilhaumette: sa fille était la dernière vierge nécessaire au houérou pour réaliser son dessein machiavelique. Il devait empêcher absolument qu'il la possède.

« Mais comment faire?

Je suis trop loin du village pour aller chercher de l'aide,

je suis seul! »

« Non »

répondit une voix caverneuse.

« Nous sommes avec toi. »

 

Le père se retourna d'un bond et découvrit les fantomes des ours, massacrés par lui-même et les villageois de Montcaup.

« Comment est-ce possible?» articula-t-il, tremblant.

« Notre mort était injuste.

Si nous décidons de t'aider,

c'est pour te donner des remords,

à toi et aux tiens,

pour avoir commis l'irréparable. »

« Vous ne m'en voulez pas? »

« La rancune est humaine. »

« Vous voulez m'aider par générosité? »

« Par justice . »

« J'accepte avec joie et je fais serment de vous honorer. »

 

La bagarre s'engagea alors...

Face aux fantomes, le houérou ne put rien.

Il tenta pourtant, s'agrippant de toutes ses forces à Guilhaumette.

Mais les ours ne lui laissèrent aucune chance.

 

Son corps fut livré aux aigles.

*****

 

Aujourd'hui les villageois de Montcaup ont élevés une statue à la gloire des ours, sur la place du marché. En guise de remerciements, chaque jeune fille qui se marie lui fait une offrande.

 

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