Tornade à Tarnos

  • Par lesm2
  • Le 05/04/2019
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Fait d'hiver à Tarnos : 16 janvier 1981.

Une véritable tornade s’est abattue sur Tarnos.

Tarnos, gentille petite ville où il fait bon vivre, a vu sa tranquillité vaciller dans la nuit du 9 au 10 janvier.

En effet, le garde-pêche de Tarnos a repêché hier matin, dans un méandre de l’Adour, la rivière qui passe en contrebas du « laboratoire aux étoiles », le corps d'Odile Martin, 34 ans, célèbre astronome, lâchement assassinée dans le dos à hauteur du cœur.

Aussitôt le Commissaire Gustave Chantoiseau, a été diligenté pour mener l’enquête et faire toute la lumière sur cette sombre histoire.

Aucune arme n'a été retrouvée, toutefois, l'hypothèse de l'utilisation d'une pioche est évoquée, suivant les constatations du légiste. Cela n'est pas sans rappeler la série de meurtres de 5 jeunes filles perpétrés il y a 11 ans sur les berges de la même rivière.

 

Gustave Chantoiseau se mouchant violemment et bruyamment tout en ronchonnant.

-Saleté de grippe. 15 jours qu'elle me tient, tout cela à cause de ce maudit temps détraqué : une semaine glaciale sous le verglas ! Encore heureux que je ne me sois pas cassé une jambe ! Avec plus de 39 de fièvre, je ferais mieux de rester couché ! Pourquoi faut-il qu’Odile Martin se fasse assassiner pile maintenant ! Choisissent toujours mal leur moment, les gens !

Bon récapitulons. Le légiste dit : pas de viol. Pas de vol non plus. Je peux donc éliminer d'ores et déjà le crime crapuleux et le mari jaloux et ainsi privilégier la thèse du règlement de compte. Ça se tire la bourre dans ces milieux là. C’est à celui qui découvrira l’étoile la plus spectaculaire. On avance, on avance ! Dit-il en se frottant les mains. -Je vais pouvoir vite retourner sous la couette.

Peut-être pas si vite que cela. En effet, aucun indice autour du corps, rien, que dalle, nada! Pas même une épingle à cheveux ! Voilà qui ne simplifie pas la tâche !

Mais comme il faut bien commencer quelque part, Gustave Chantoiseau décide de rencontrer le commissaire qui s'était occupé de l'enquête sur les meurtres en série, sans succès, il y a 11 ans. Peut- être que l’assassin a recommencé ? Ou bien s’agit-il d’un copycat ?

 

Alfred Pluchon

-Depuis que je suis à la retraite, je ne pense plus à cette histoire, vieille de tant d'années. J'en ai trop cauchemardé à l'époque. J’ai même fait une dépression. Et je ne sais toujours pas si j’en suis remis aujourd’hui. Rien que son évocation me mets les poils au garde-à-vous et me donne l’envie de gerber.

Que dire que vous ne sachiez déjà? Les victimes étaient transpercées dans le dos par une pioche, sur les rives de l’Adour. Toutes étaient des anciennes de la DASS, comme votre macchabée d'aujourd'hui.

J'ai toujours pensé qu'il s'agissait d'une personne connue des jeunes femmes car on aurait dit qu'elle savait où, quand et comment frapper. Cependant l’enquête de proximité n’a jamais rien révélé. Pas un seul quidam à suspecter !

Plusieurs fois j'ai cru tenir une piste, un minuscule indice. À peine avais-je émis une hypothèse que déjà toute ma théorie tombait à l'eau... pardonnez le mauvais jeu de mot.

Non croyez-moi, vous n'arriverez pas à débusquer le coupable, c'est un sadique qui n'a aucune autre motivation que de tuer, qui se délecte dans l'acte pour l'acte et rien d'autre. Ce genre de fous ponctuels, sans aucun signe distinctif, qui, parce qu'il souffre et pour se venger d'un mot de trop ou d'un regard, s'adonnent à la tuerie de jeunes femmes sans défense. Avec juste comme logique, la DASS. Un peu maigre comme paramètre, vous en conviendrez.

Je vous le dis. Ce peut être n'importe qui, vous, moi... vraiment n'importe qui... Ces meurtres resteront ad vitam æternam irrésolus. Je partirai dans la tombe avec un vieux goût d’inachevé au coin des lèvres.

 

Chamallow, le chat errant du « laboratoire aux étoiles »

-Ce qu'oublie de préciser Alfred Pluchon à notre commissaire, c'est que depuis cette sombre histoire, du fait de sa très longue dépression, il a tenté par trois fois d'assassiner ses infirmières dans le dos, à hauteur du cœur, avec sa pipe.

Comme quoi, personne n'est parfait !

 

Gustave Chantoiseau

Je ne suis pas plus avancé. Non franchement, il n'y a rien à tirer de ce vieux bonhomme là, plein de tics, de contractions nerveuses et la pipe coincée aux coins des lèvres. Allons plutôt voir les collègues de travail de l’astronome.

 

Claude

Une jeune femme, la trentaine, belle plante, soignée, blonde, les cheveux aux épaules, assise ou plutôt effondrée dans un fauteuil, le mouchoir à la main, la larme perlant sous ses longs cils bruns, se laissant réconforter par un collègue à la mine déconfite.

-Pas Madame, Mademoiselle, je ne suis pas mariée. Et je crois que je ne le serai jamais.

Odile et moi nous sommes rencontrées voici quatre ans, alors que nous visitions chacune dans un groupe de travail, l'observatoire astronomique de Mauna Kea à Hawaii. Très vite nous avons sympathisé et comme, à l'époque, je n'avais pas encore de poste définitif, elle m'a obtenue une place ici, à Tarnos. Je m'entendais très bien avec elle. Nous faisions beaucoup de sorties ensemble, au cinéma, au restaurant... J'aimais sa compagnie. Elle me faisait du bien.

Elle avait le chic pour trouver le détail qui mettait les gens en valeur, pour s'habiller, par exemple, sans faute de goût. Elle parachevait ses toilettes par une note de parfum, sans trop, qui cependant, planait encore longtemps après elle. Elle était merveilleuse.

Elle ne rechignait jamais à faire les nuits seules comme celle du 9 au 10 janvier où j'ai veillé Maman, malade. Ma mère craignait de ne pas se réveiller si je quittais son chevet. Il en est ainsi depuis la disparition accidentelle de mon Père, il y a 18 ans.

Mon Dieu, si seulement j'avais été auprès d'Odile la nuit du meurtre, rien ne serait arrivé. Je m’en veux tellement.

 

Chamallow

-Tu aimais vraiment Odile autant que tu le dis ? J'avais pourtant l'impression d'une rivalité entre toi et elle pour le beau Paul ? Je me trompe ?

 

Paul, l'idole d'Odile

Environ 1m85, le regard de circonstance, un épais chandail rouge aux armoiries de sa famille sur un pantalon « prince de Galles » à dominante beige, des chaussettes Burlington et un irritant raclement de gorge avant chaque début de phrase, le tout sur fond d'ordinateur de quatrième génération, de murs gris et de piles de listings dégoulinant jusqu'au sol.

-À mon arrivée, je crois que j'ai tout de suite plu à Odile. Du moins c'est ce qu'elle m'avait fait comprendre par des œillades appliquées et des sourires non dissimulés. Depuis une soirée dans ma famille où je l'avais invitée il y a six mois, elle parlait de moi comme de son idole et racontait à qui voulait l’entendre qu’elle était ma plus grande « fan ». Tout simplement parce qu'avant que l'on ne se quitte, j'avais pris ma guitare pour lui fredonner une petite romance. Je suis plutôt bon chanteur. Vous voulez un échantillon ?

Gustave Chantoiseau déclina poliment d’un geste de main.

-Nous sommes devenus amants peu de temps après, en dépit des protestations de ma famille qui estimait qu'elle faisait tâche dans notre milieu. Pensez, une orpheline ! Pour eux, il y avait mésalliance.

La nuit du 9 au 10 janvier, j'étais chez moi. J'ai d'ailleurs reçu un appel téléphonique d'un ami et collègue du Pic du Midi, où j'étais en poste avant, qui avait des états d'âmes qu'il désirait me confier.

La communication m'a entraîné loin dans le milieu de la nuit.

À cause de cela, je n'étais pas très frais le lendemain matin ainsi que l'a remarqué la serveuse de la cafétéria.

Mon seul crime, Monsieur l’Inspecteur, a été d'aimer cette femme d'un autre monde.

 

Chamallow

-Réponds franchement Paul, n'as-tu pas commencé à courtiser Odile le jour où elle a reçu les honneurs des mains même d'Hubert Reeves, pour la création du « laboratoire aux étoiles » ?

Qui va maintenant en prendre la direction ?

 

Gustave Chantoiseau

Se balançant d'avant en arrière dans son fauteuil de simili cuir brun devant son bureau en bois sombre aux pieds massifs et travaillés, sur un tapis Persan rouge cramoisi, des myriades de livres empilés en vrac sur des étagères creusées dans les murs.

-Résumons. Claude a passé une partie de la nuit du 9 au 10 janvier au chevet de sa mère.

Je ne sais pas pourquoi, mais je ne me sens pas à l'aise avec elle. Quelque chose me gêne et je ne sais pas quoi.

Paul a conversé jusqu'à une heure avancée de la même nuit avec un ami du Pic du Midi. Marrant comme ils ont tous un alibi. Comme s’ils s’attendaient à en avoir besoin ! À vérifier ! Allons faire un tour chez Odile, peut-être y glanerai-je quelques informations intéressantes.

 

L'odyssée d'Odile

Une ancienne petite maison à colombages munie d'un toit à trois pans en « queue de palombe», retapée avec soin. Un intérieur tout au ras du sol, à la japonaise, tranchant avec son aspect extérieur. Rien de superflu. Pas le moindre désordre.

-Elle avait un goût bien à elle la Miss. Elle perdait vraiment son temps avec ce Paul qui se prend pour quelqu'un parce qu'il a une famille à pognon derrière.

Tient d'ailleurs voici les lettres du prétendant en question. Pas très doué pour la prose notre ami mais très intéressé par le « laboratoire aux étoiles » de notre chère Odile. Pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé ?

D'autres lettres avec un ruban rouge... et qui n'émanent pas de Paul mais d’un certain François. Qui donc est ce François ? Un ancien amant, si j'en juge par le contenu de cette missive. Apparemment elle l'aurait planté au beau milieu du mariage il y a 13 mois.. Une bonne raison pour lui en vouloir à la Miss, d'autant que même en ayant refait sa vie, il lui propose de l'entretenir.

Moi, si j'étais la femme de ce monsieur et que je tombe sur une de ces lettres, je crois bien que j'aurais toutes les bonnes raisons pour commettre un meurtre.

A voir toutes les photos de ce tiroir, d'hommes qui l'enlacent dans des positions acrobatiques, notre Odile faisait de sa vie une odyssée mouvementée et riche en sexe masculin.

Retour à l’hypothèse de l’amant jaloux. J'emporte tout cela, on ne sait jamais. Et deux suspects de plus à étudier !

Une bonne nuit par là-dessus accompagnée d'un grog très chaud pour interroger les deux nouveaux venus dès demain matin, cela me paraît un bon plan.

 

François croque Odile

Celui-ci paraît plus dans son genre à la môme Odile : pas du tout guindé, le cheveu d’artiste en broussailles, l’air nonchalant devant quelques toiles de son cru. Un peintre à priori.

-Oui Monsieur le Commissaire, mes œuvres me font vivre et même très largement comme vous pouvez le voir.

En effet, maison tout juste construite en pierres de pays et poutres authentiques, canapés de lin blanc autour d'une vaste cheminée, tapis d'orient avec pedigree et tutti quanti.

-Ma femme est parfaitement au courant qu'Odile et moi continuions à nous voir après notre rupture. Elle sait que j'adorais croquer Odile nue, elle avait de telles courbes... Elle n'en ressentait nulle jalousie car entre Odile et moi, c'était une histoire définitivement terminée.

Pour cette lettre où je lui propose de l'entretenir, une dernière petite réminiscence d'amour qui traînait par-là, au coin du cœur. Rien de plus. Mais elle a refusé. Et finalement cela m’a soulagé.

La nuit du 9 au 10 janvier, j'étais chez moi, les voisins peuvent vous le confirmer et ma femme était au célèbre défilé de mode de « L'Empire State Building ».

Laure, ma femme, ne sera là que ce soir, tard. N'hésitez pas à revenir pour la voir, elle vaut le détour.

 

Gustave Chantoiseau, vidant sa boîte aux lettres
-Mais je rêve ! Ce Paul m'offre carrément sa femme comme on vend un séjour paradisiaque dans

une île enchanteresse. Complètement maboul ce peintre.

Qu'y a-t-il d'intéressant au courrier ? Le relevé des numéros de téléphone qui ont appelé notre cher Paul la fameuse nuit du 9 au 10 janvier.

Il a menti ! J'en étais sûr. Son ami du Pic du Midi lui a bel et bien téléphoné mais pas aussi longtemps qu'il le dit et, de plus, Paul n'était pas chez lui. Il avait effectué le transfert d'appel sur son portable ! Enfin une vraie piste.

*****

Pendant ce temps, Alfred Pluchon, terrorisé à l'idée de refaire une dépression et de retrouver son instinct de meurtre à la pipe, suite à ce nouveau crime, s'enferme dans son grenier et y met le feu.

Paix à ses cendres !

 

Paul

-Je n'aurais pas dû vous mentir, ni vous cacher la responsabilité d'Odile dans la création du « laboratoire aux étoiles». J'ai conscience que cela fait de moi le coupable idéal. Je vais tout vous expliquer mais promettez-moi de ne rien dire à mes Parents, je serais la honte de la famille qui me montrerait du doigt.

Voilà, en réalité, je suis homosexuel et régulièrement je fréquente un club « gay ». Dans mon milieu, cela ne peut pas être. C'est pourquoi j'avais entrepris cette aventure avec Odile. Pour donner le change chez moi. Sacrifié pour sacrifié, autant que j'y trouve mon compte. C'est pourquoi j'ai opté pour Odile et son « laboratoire aux étoiles ». Au moins, le nez dans les cieux, je pouvais rêver. Même si cela me donne encore plus de motifs pour me débarrasser d'Odile, je vous jure que je ne l'ai pas tuée. Reprendre la direction ne m'intéresse pas. Cette nuit là, j'étais au club avec Michel le patron où je me suis singularisé dans un strip-tease façon "pédale douce" dont je vous passe les détails, tellement j'avais bu, troublé par les supplications de mon ex-ami pour que je revienne.

 

Gustave Chantoiseau

-Et bien voilà ! Disparu le suspect idéal. Zut ! C’est bien ma veine ! Pourtant tout concordait. Bon, et bien, je ne suis pas couché ! Passons à Laure, puis j'irai rendre une petite visite à Maman Claude.

 

Laure

-Monsieur le Commissaire, vous ne m'apprenez rien. Mais moi, je vais vous mettre au parfum, comme l'on dit dans votre milieu.

Ce que je vais vous révéler, François, mon mari, n'imagine même pas que je le sais.

En réalité, François ne voyait que très peu Odile, depuis leur séparation. Il tenait à ce que je crois qu'il la croquait encore de temps à autres, uniquement pour me cacher la façon dont il gagnait l'argent de notre foyer : il fait le gigolo. Cela ne me dérange nullement, j'ai d'énormes besoins d'argent pour toutes mes toilettes. Faut savoir ce que l’on veut dans la vie. Et moi, je le sais, affirma-t-elle en envoyant des œillades au commissaire, qui respira profondément pour garder l’esprit clair.

La nuit du 9 au 10 janvier, François s'envoyait en l'air, ici, avec Anne de la Courtenbraie. Elle vous le confirmera, je viens de la voir. Si toutefois vous acceptez de ne pas mettre son mari au courant.

Pour ma part, voici mon billet d'avion et mon passeport dûment tamponné. Comme vous pouvez le voir, Commissaire, vos suspects s'évanouissent.

 

Maman de Claude

Une vieille, toute fripée, l'air renfrogné dans son châle usé et puant l'urine, les doigts tordus, le nez pointu, jouant du dentier dans son fauteuil roulant.

-Ma fille est responsable de la mort de mon pauvre mari : à 11 ans, parce que mon André n'avait pas voulu qu'elle se maquille, Claude ne l'a pas embrassé comme d'habitude. Ça a dû le tracasser mon André. Et paf ! Du coup, il s'est fait écraser en traversant la route.

Pour la punir, je l'oblige à passer ses nuits à mon chevet jusqu'à ce que je m'endorme.

Une fois seulement, elle est partie 10 jours. Lorsqu'elle est revenue, elle nous a fait déménager, les cendres de son père et moi, ici, à Tarnos.

Je suis sûre qu'elle a tué sa collègue, elle m'en parlait tout le temps de cette femme. Elle était obsédée par elle. À croire qu'elle en était amoureuse !

Montez dans sa chambre Commissaire, je suis certaine que vous y trouverez ce que vous cherchez.

Qu'y a-t-il à voir dans ce désordre d'affaires de femme ? des bas, des porte-jarretelles, des souliers, des sous vêtements, rien d'accusateur.

Pas plus dans la salle de bain, du rouge à lèvres, un séchoir à cheveux, du maquillage et...

 

Gustave Chantoiseau et Claude

-Claude, je suis allé dans votre salle de bain : la lunette des WC était relevée. Vous n'êtes pas une

femme, n'est-ce pas ?

-Je ne sais plus ce que je suis. Ma mère voulait une fille. Depuis ma naissance, elle m'habille en robes, dit Claude en sanglotant.

-C'est pour cela que vous avez tué Odile, parce que vous n'aviez pas le droit de l'aimer ainsi ?

-Je l'aimais, c’est vrai. Elle était à moi et surtout pas à ce Paul qui ne briguait que le « laboratoire aux étoiles » !

J'étais sa meilleure amie, son unique Amour. Comment vais-je faire pour vivre sans elle ?

Dans un moment de folle détresse, Claude se rue par la fenêtre et se rompt le cou.

-Ah c’est malin, râle Gustave Chantoiseau. Mes suspects s’évanouissent les uns après les autres ! Et comment je fais pour la boucler, moi, cette affaire ?

 

Chamallow

-Bravo Commissaire. Elle tourne un peu court votre enquête. Plus aucun vrai suspect ! Comment allez-vous faire ? Vous n’allez quand-même pas suivre la voie d’Alfred Pluchon ?

Mais que s’est-il donc vraiment passé cette nuit-là ?

Voici ma version, à moi, chat errant, miaulant, seul témoin de la vérité à laquelle j'assistais, impuissant, hébété, abasourdi. Cette vérité que jamais vous ne saurez parce que vous ne parlez pas le chat. Cela fera une mort non résolue de plus, que vous accréditerez certainement au tueur en série des 5 jeunes filles d’il y a 11 ans. Parce que vous en êtes certain, il s’agissait d’un tueur en série.

Allez, je vous raconte.

Souvenez-vous, la vague de froid, début janvier. Tout avait verglacé. Partout, ce n’était que glaçons et patinoires. Odile, épuisée de sa nuit, désireuse de rentrer fissa chez elle, tira violemment sur la porte de l'observatoire qui résistait à cause des frimas. Le violent à-coup fit choir la clé au sol et précarisa une énorme stalactite suspendue à la gouttière du toit, tout juste enfantée du matin par la vague de froid. Penchée pour ramasser le trousseau, le pieu glacé, fragilisé par le choc, décréta que le moment était venu pour lui de se désolidariser définitivement de la toiture. Ainsi, du plus haut du toit, de tout son élan, la stalactite transperça Odile, dans le dos, à hauteur du cœur. Odile vacilla sans comprendre, les yeux écarquillés, avant de dévaler la pente gelée jusqu'à la rivière.

La stalactite fondit dans la chaleur du corps. Peu après, on retrouva le corps d’Odile dans l'Adour.

Ni Paul, Ni François, ni personne ne l’a assassinée. La nature seule s’en est chargée. Juste du fait d’un hiver trop glacé accouché d’un changement de climat intempestif...

 

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