Éducation bienveillante

Un rituel comme un repère dans les flous de la vie

Lulu et Jessi planchent depuis 6 mois sur un rituel de passage pour les 18 ans de Lou, car ça les questionne bougrement.

De part le monde, il existe des rituels de passage pour célébrer différents âges, événements, étapes de la vie et cela semble avoir une super importance : présentation du nouveau né à l'univers, puberté, passage aux responsabilités adultes, bizutage, enterrement de vie de célibataire, mariage, grossesse, ménopause, retraite. Ça les tente bien Lulu et Jessi de célébrer les 18 ans de Lou avec un rituel bienveillant, reconduit pour les futurs 18 ans de Vic et tous les futurs jeunes de 18 ans alentour.

Pourquoi un rituel pour les 18 ans de Lou ?

Pour immortaliser sa bienvenue en ‘’Terr’adulte’’ et ainsi en faire un événement inoubliable plein d’avenir. Et peut-être aussi tester la propre capacité des parents à laisser sa place à Lou comme adulte après lui avoir donné sa place d'enfant.

Mais comment faire ?

Jessi et Lulu se renseignent dans tous les sens, d'Est en Ouest, du Nord au Sud pour dégotter ‘’LE’’ rituel idoine. Les lectures sur les rituels, c'est pas ce qui manque. Chez les Inuits, les Massaï, les Cheyennes, les Hindous, les Amérindiens, les Hispaniques et la plupart des ethnies sur la planète. Un rituel comme un repère adapté à chacune des cultures.

Alors, pour ici, quoi?

Pourquoi pas une teuf-beuverie ? Ça swing, ça bouge, ça s’agite. C’est dynamique. C’est la feêêêêête !

Euh, peut-être pas finalement. Ça ne laisse pas toujours que des bons souvenirs quand il y a un vomi dans les 4 coins, un quintet de percussions qui résonne dans la tête au petit matin, un sol jonché de boissons qui collent mais décollent pas, des tapisseries couleur pizzas...

Jessi et Lulu se rendent alors compte qu'en accord avec leur culture, il n'existe pas forcément de rituel pour les 18 ans de Lou. Soudain une idée leur traverse l’esprit : faire un melting-pot entre Alice aux pays des merveilles et le magicien d'Oz. Alice, pour le côté passage de l'enfance à l'adulte et le magicien d'Oz, pour la reconnaissance avec remise de certificat.

Les m2

Recette pour un rituel complet de passage.

Ingrédients :

  1. Dire au revoir à l'enfance

  2. Ramper dans le tunnel de passage

  3. Recevoir le certificat de bienvenue en ‘’Terr’adulte’’

Réalisation :

Prévoir 2 mois, si on veut faire soi-même les décors ou un petit investissement dans le cas contraire. La cérémonie est prévue comme suit :

  1. Séquence émotion

    Enterrement de la vie d'enfant de Lou tout en préservant l’enthousiasme de son enfant intérieur, les pépites et découvertes de son enfance.

    Pour se faire, Lou choisit de se débarrasser d'un symbole de son enfance, en le jetant, le donnant... (dent de lait, jouet, 1er body...). Puis toute l’assistance choisie par Lou, observe une minute de silence à la mémoire du symbole envolé, voire, verse une petite larme. Prévoir les mouchoirs en conséquences. Nounours

  2. Séquence sportive

    Lou rampe au travers d’un tunnel recyclé, fabriqué ou acheté. C’est sa re-naissance.Tunnel 1

  3. Séquence : ‘’j’y suis’’

    Arrivée de Lou dans la nouvelle étape de sa vie avec remise de la clé des responsabilités (fabriquée ou retrouvée dans la maison des ancêtres) et du certificat de bienvenue en Terr’adulte.
     

Clef

       Le tout immortalisé pour toujours dans un photobooth, de ce qui n’est d’ors et déjà plus et ce qui sera à tout jamais désormais.

                                     Parchemin2

"Toujours plus loin, toujours plus haut, toujours plus fort !"
Olivier Minne, Fort Boyart

NB :

« Re » : faire à nouveau

« con » en espagnol : avec

« naissance » : arrivée dans un autre monde inconnu ou méconnu

déf. : Une nouvelle étape commence dans la vie de Lou, tout en conscience, aussi bien en personne seule qu’en société.

 

Nous avons d'autres suggestions de rituels pour tous les âges, les étapes, les événements, y’a qu’à demander. Ou bien, laissez votre créativité s'exprimer !


 

Entre pression et attente... Et réciproquement

Entre pression et attente... Et réciproquement

 

Patron, une pression ! Pression ? Vous avez dit pression ? Ah bon, pas celle à la tireuse ? Ni le bouton-pression ? Non ! La pression, celle qui pèse de tout son poids sur nos épaules, celle qui donne l’impression que l’on attend confusément quelque chose de nous, ou nous, des autres.

Se pourrait-il que Denis Papin ait inventé le digesteur, (la cocotte-minute), suite à un trop plein de pression qui le faisait bouillir intérieurement?

                                                                          Cocotte

Peut-être était-il en quête d’identité dans une fratrie de 10 frères et sœurs ?

Peut-être voulait-il se singulariser, être différent de sa famille, alors il s'est mis sous pression tout seul ?

Peut-être que ce besoin de se singulariser, d'être brillant, de devenir quelqu'un qui resterait dans la postérité, était juste le désir profond de ses parents en peur d'existence ?

Alors, est-ce pour éviter l’explosion, qu’il a ajouté une soupape de sûreté à son digesteur ?

                                                                                                                              Soupape

Pourquoi cette pression !

Probablement parce que les parents désirent toujours le meilleur pour leur enfant.

Certainement que Denis Papin, depuis la création de ses sens dans le ventre de sa mère, ressent l’attente de ses parents, d’être un enfant parfait en toute occasion.

Qu’il fasse ses nuits de suite car, les nuits blanches, c’est fatiguant !

Qu’il soit sage du matin au soir pour éviter de déranger et être sortable en tout lieu.

Qu’il grandisse harmonieusement parce que c’est comme ça que c’est le mieux.

Qu’il soit intelligent, ça rend fier.

Qu’il réussisse dans la vie car il le faut, et sans la possibilité que les choses se déroulent autrement.

Pfou ! Tout ça ? Quelle pression !

 

Et réciproquement

Denis Papin, ses inventions sous le bras, installa un siège à l'entrée de l'Académie des Sciences de Londres pour attendre le nouveau président, Isaac Newton.

Ce dernier lui tînt à-peu-près ce langage :

  • Vous partîtes en Allemagne inventer votre digesteur à soupape de sûreté, j'en suis fort aise. Mais la science ne vous a pas attendu, vous êtes obsolète. Game over !

Denis, non reconnu par ses pairs, mourut entre 1712 et 1714, oublié de tous.

                                                                                                                                                Rip2

Dénouement

Serait-ce que l'attente des parents Papin à ce que Denis devienne quelqu'un, l’aurait noyé sous la pression ? Denis Papin s'est mis dans l'attente de la reconnaissance par ses pairs pour éviter de décevoir ses parents. Ses pairs, eux, lui ont mis la pression en lui faisant sentir qu’il était obsolète. Et il est mort.

Qui de l’œuf ou de la poule a généré ce cercle vicieux ? Attente – pression, pression – attente, attente – pression, pression – attente ! Et si on arrêtait ?

                                                                        Les m2

« Aimons-nous vivant,

N'attendons pas que la mort nous trouve du talent »

François Valéry, 1989

 

Bons sentiments et bienveillance

Bons sentiments

Joséphine, tout à sa lecture de l'arrache-cœur de Boris Vian, se laisse peu à peu coloniser par un doute.

Et elle, lorsque son moment viendra d'être mère comme fera-t-elle avec ses enfants ? Car bien évidemment, il faudra qu'ils soient bien droits, respectueux, sans délinquance, qu'ils ne se cachent pas sous la table, qu'ils ne mangent qu'un bonbon à la fois, qu'ils sachent bien dire bonjour à la dame, qu'ils mouchent leur nez dans un mouchoir et non dans leur manche et qu'ils ne se rebellent pas, entre autre.

                                                                                            Bonbon

Avec ferveur Joséphine replonge le nez dans sa lecture pour approfondir la question, jusqu'à ce que son heure vienne...

En proie aux 113 douleurs de l'enfantement, Joséphine sent monter en elle un instinct de parent-poule pour ce petit qui, déjà, pointe le bout de son nez.

Dès lors, Joséphine sait qu'elle fera tout son possible pour faire de cet enfant un adulte parfait.

Fan de Clémentine et de ses trumeaux, Joséphine note assidûment tous les trucs et astuces révélés par l'héroïne de sa lecture.

En attendant que l'enfant soit en âge de porter des chaussures de bois pour marcher bien droit et de l'enfermer dans une cage pour le protéger de tout, Joséphine lui susurre avec douceur : « tu seras un enfant sage, car tu obéiras toujours. Tu sais que je veux le meilleur pour toi et que donc, je saurai éternellement ce qui est le mieux pour toi, pour devenir cet adulte parfait qu'il faut que tu sois. Tu verras, tout le monde t'aimera parce que je ne te laisserai pas te cacher sous la table, ni être irrespectueux, ni manger plusieurs bonbons à la fois, ni te laisser te moucher dans la manche, ni te rebeller. Et il faudra aussi que tu dises bien bonjour à la dame et que tu finisses toujours ton assiette car tu sais que tous les enfants ne mangent pas forcément à leur faim. »

Que de bons sentiments.

Mais..... Parce qu’il y a un mais.....

« Ce sont les enfants sages, Madame, qui font les révolutionnaires les plus terribles. Ils ne disent rien, ils ne se cachent pas sous la table, ils ne mangent qu'un bonbon à la fois, mais plus tard ils le font payer cher à la société. Méfiez-vous des enfants sages ! » Jean-Paul Sartre, Les mains sales, 1948.

                                                                                    Bonbon2

Bienveillance

Pendant que l'enfant dort, le nez plongé dans le passage ci-dessus des « mains sales », Joséphine médite. Pour en savoir plus, elle se rue dans une bibliothèque de son quartier et commence à dévorer tous les livres de la rubrique éducation bienveillante. Elle y découvre que plus un enfant cède plus il se rebelle et qu'un enfant qui rentre dans le rang s'y sent à l'étroit, entre autre.

Accompagnée de Catherine Gueguen, Idriss Aberkane, Alice Miller, Olivier Maurel, Laurence Dudek, et bien d'autres, Joséphine s’éduque.

Elle en déduit que visiblement le plus important est d'être à l'écoute de son enfant (intérieur et extérieur) dans l'amour inconditionnel.

  • Joséphine apprend à factualiser en demandant « que se passe-t-il ? » Au lieu de « qu'est ce que tu as fait ? » (petite phrase qui a la fâcheuse habitude de culpabiliser l'enfant).

  • Enfant que Joséphine invite à parler de lui et uniquement de lui quels que soient le problème, le conflit, la situation qui le préoccupe. Ex : « La claque que j'ai reçu m'a fait mal » au lieu de « il m'a tapé » (petite phrase qui maintient le conflit du fait de la rancœur générée).

  • Et pour finir, elle se retient de lui apporter des solutions tant qu'il n'en fait pas la demande.

Tout un apprentissage que Joséphine adopte au quotidien comme une hygiène de vie.

 

Les m2Trucs et astuces

  • Apprendre à factualiser tout et partout ! (Que se passe-t-il ?)

  • Quels que soient le problème, le conflit, la situation, amener l'enfant à parler de lui avec le « JE » ou le «JEU».

  • Ne jamais apporter de solutions avant que cela soit demander.

Nos enfants étant les plus grand « copiteurs » de la terre, H24, ils épient nos faits et gestes. Et si nous commencions par utiliser les trucs et astuces pour nous-mêmes, est-ce que cela changerait le monde?

À suivre dans quelques années........

 

 

Tranche de vie, martinet et petit billet ...

Pour la trois cent millième fois, le lycée Boris Prévert vient d'informer par SMS urgent, que Lou, progéniture de Jessi et Lulu, avait eu 5 minutes de retard en cours de technastique.

- Comme d'habitude, répondent les parents, -nous montons d'un degré la punition. Cette fois-ci, nous fouetterons Lou, cul nu, en place publique, dès son retour. Et nous nous précipitons d'achever la cage à 3 verrous sous l'escalier pour l'y enfermer, afin de lui apprendre le respect.

Dans le même temps, Vic, également enfant de Lulu et Jessi, vient de se voir récompenser par un petit billet, somme toute, conséquent, pour avoir rangé sa chambre dans les moindres détails.

Hallelujah ! Punitions et récompenses ! On vous aime. Vous faites de nous les dieux de l'éducation. Grâce à vous, nos enfants savent où est le bien et le mal !

Lou

Lou, l'humiliation et l'injustice à fleur de larmes, maudit le ‘’chatbus’’ conduit par ses parents, qui arrive systématiquement 5 minutes en retard, du fait des embouteillages.

C’est chez Monsieur Madeleine, le voisin de palier, que Lou, tout à sa révolte bouillonnante échappée de la cage aux 3 verrous, vient chercher du réconfort. La punition infligée pour 5 petites minutes de retard, même pas de son fait, caractérise une parfaite tyrannie abyssale incommensurable ! Lou haït le monde. Alors, tout au fond de son être s’échafaude une terrible vengeance, naît d’un furieux sentiment de haine irrépressible. Sus au lycée ! Sus aux parents ! Sus à la société !

- Oh là ! intervient Monsieur Madeleine, -j'ai déjà donné dans ce sens et crois-moi, c’est un contre sens. Heureusement, j’ai croisé la compassion et l’amour de l’évêque Myriel à qui j’avais volé des couverts en argent. « N'oubliez pas, n'oubliez jamais que vous m'avez promis d'employer cet argent à devenir un honnête homme » m’a-t-il dit tout en rajoutant deux chandeliers en argent aux couverts dérobés. J’ai ainsi découvert la capacité à s’améliorer que chaque être humain possède en lui... À cette époque, je m’appelais Jean Valjean.

Vic

Vic thésaurise. Son cochon tirelire est rempli à ras bord de ses réussites récompensées. Vic range sa chambre, juste dans l’espoir de ce petit billet. Rien ne dépasse sauf l'attrait de la récompense. Vic ne le fait pas pour son bien être. Non. Seulement pour se faire aimer.

Si se faire aimer passe par les récompenses, Vic ne pourra plus jamais ruer dans les brancards. Pourtant Vic aurait de quoi, entre la pression pour devenir quelqu'un de bien et son envie impérieuse à devenir saltimbanque, reniée par ses parents. Cette fois-ci la cage est doré mais elle a aussi trois verrous.

Lou et Vic

Entre martinet pour Lou et petit billet pour Vic, le degré des punitions et des récompenses monte toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus haut pour s'adapter à l'exigence des âges grandissants. Faudra t-il en arriver à achever Lou sous les coups et asphyxier Vic sous une montagne d'or, pour arrêter cette escalade vertigineuse et folle ?

« Un arbre qui grandit dans une caverne ne porte pas de fruit » Kalil Gibran.

Lulu et Jessi

Avec horreur, les parents de Lou et Vic prennent conscience du pouvoir malsain et démesuré des punitions et des récompenses. Ce côté où l'irréparable pourrait devenir la seule issue par la force des choses, l'amour inconditionnel ayant déserté l'éducation.

C’est grave doc ? Oui ! Mais ça se guérit !

Lulu et Jessi décident alors de faire table rase de tous les exemples d'éducations reçues pour créer la leur propre, pleine d'amour inconditionnel, de compassion, d'accompagnements et de partages d’expériences. Les ancrages déplaisants utilisés, jusqu'à présent, sont alors déconstruits (Cf. billet « comment copiner avec nos 5 sens »). Les parents de Lou et Vic se plongent donc, voracement, dans la lecture et le visionnage de films et de livres sur le cerveau des enfants (entre autre le film documentaire de Stéphanie Brillant : le cerveau des enfants, 2018). En s’imprégnant de toutes ces découvertes, Jessi et Lulu découvrent leurs enfants sous un nouvel angle.

Non, nos enfants ne sont pas des monstres, ce sont juste des enfants.

 

                                                                                                     Les m2


 

« On ne peut pas grandir dans une maison où les gens ne s'aiment plus, si?
Non. On ne peut pas. Pousser peut-être ? Mais pas grandir
. » L'échappée belle, Ana Gavalda


 

« Les enfants, c'est fait pour grandir, pour s'en aller vers l’avenir, en laissant derrière eux des rires, plein de rêves et de souvenirs. » Yves Duteil, les fées.

La chair de ma chair

Bébé gazouille, sa famille penchée sur son berceau. Comme il est mignon ce bébé, il a les yeux de l’un, le sourire de l’autre, le nez fin, les oreilles ourlées et les cheveux bruns de ses aïeux, les prénoms de ses ancêtres… Et la culotte de l’aîné. Pourra-t-il avoir ses propres pensées ?

L'autre jour, il nous a fait 38° de fièvre, c’était la panique, nous ne savions pas quoi faire. Un sentiment d’impuissance nous étranglait. Nous aurions voulu avoir la fièvre à sa place. Nous avons bondi sur le téléphone pour appeler le médecin.

Ce dernier dit :

- comment ça, il vous a fait ?

-Ben oui il a eu 38° de fièvre.

-Ah, il ne vous a rien fait à vous ! C’est juste lui qui a de la fièvre, pas vous.

Mais pourquoi il dit ça le médecin ? Cet enfant, c'est la chair de notre chair. Quand il a mal, nous avons mal. Normal, il est à nous. C'est nous qui l'élevons, c'est nous qui lui donnons à manger, c'est nous qui pensons pour lui. De toute façon, il est trop petit pour savoir s'il a froid ou chaud, il est trop petit pour savoir s'il faut se laver ou pas, il est trop petit pour savoir ce qu'il faut dire ou pas. Bon, la prochaine fois, nous changerons de médecin.

 

Ça y est, bébé a grandi, il va à l'école.

Il nous a ramené un bulletin scolaire digne du plus cancre des cancres. Pourquoi ? Lui qui a toujours décroché de très très bons résultats. Pourtant nous sommes de bons parents, il y a toujours eu quelqu'un avec lui pour l'aider à faire ses devoirs. Nous avons toujours su le motiver les jours où il n'a pas envie d'aller à l'école. Nous n'avons eu de cesse de l'encourager à réussir car il sait que l'échec est impossible. Qu'est ce qu'il nous fait ? Un coup de déprime, quand même pas un burn-out ? Pas à son âge !

Et si nous lui prenions un rendez-vous chez un psy ?

 

L'enfant est devenu adolescent.

- Nous ne savons plus quoi faire avec notre ado, tout le temps en rébellion. Et nous ne parlons même pas de ses fréquentations. L'autre jour, nous avons trouvé un pétard caché dans une de ses chaussures. C'est à cause de tout ça, qu'il ne va pas bien. On dit bien : « petit, petits soucis, grand, grands soucis ». Ce soir on lui parle.

- Ah ça vous intéresse réellement de savoir ? Parce que j'avais vraiment l'impression que ce qui vous intéressait, c’était de faire de moi un mini vous et pas de savoir ce qu’il se passe dans ma tête. Vous avez toujours tout choisi pour moi, vous voulez contrôler toute ma vie. Votre idée de psy, elle m'a juste fait croire que j'étais un mauvais enfant, que vous aviez honte de moi et que vous ne m'aimiez qu'à certaines conditions, réussite scolaire, enfant sage, poli qui ne fait jamais de bêtises. Mais c'était pas des bêtises et ce ne sont toujours pas des bêtises ! J'ai besoin de faire mes propres expériences et je n'ai jamais pu. J'ai toujours fait ce que vous vouliez.

- Mais on a tout fait pour toi, on a sacrifié notre temps libre pour tes activités extra-scolaire : le cirque, l'escalade, le piano.

- Mais c'était vos choix ! J'ai jamais voulu faire du cirque, j'ai jamais voulu faire de l'escalade, j'ai jamais voulu faire du piano. Moi je voulais dessiner tranquille dans ma chambre. Tout ça de l'adultisme.

                                                   

                                                                                               Les m2

 

« j’entre à peine dans la vie et, grâce à toi, je ne crois plus à rien, ni à personne. »

Vipère au poing, Hervé Bazin, 1948.

 

- C'est quoi ça, l'adultisme, encore un mot savant pour faire culpabiliser les parents. Dès qu'on fait quelque chose, ça nous retombe dessus.

- Et bientôt, ça va être vous les victimes. Si vous ne savez pas ce que c'est, il y a des vidéos sur internet qui explique très clairement le pouvoir que s'arroge les adultes sur les enfants sous prétexte qu'ils ont plus d'expériences. Mais justement je veux faire mes propres expériences et je ne veux pas des vôtres. Je n'ai pas obligatoirement les mêmes opinions que vous. Comment voulez-vous que je devienne un adulte responsable, si je ne peux pas m'exercer avant.

- C’est encore sur internet que tu as vu ça. Ils disent pas que des vérités. Mais qu'est-ce que tu nous fais ?

- Mais je ne vous fais rien, arrêter de vous approprier mes pensées, ma vie. Et quand j’aurai quitté la maison, vous me parlerez toujours comme ça ?

- Tu seras toujours la chair de notre chair....Mais pour toi, nous allons faire l’effort de nous renseigner sur l’adultisme.
- Avant toutes choses faites-le pour vous
:-)

 

 

Le prophète, Khalil GIBRAN :

 

« ... Et une femme qui portait un enfant dans ses bras dit : "parlez-nous des enfants"

Et il dit : "vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la VIE à elle-même. Ils viennent à travers vous, mais non pas de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées. Vous pouvez accueillir leur corps mais pas leurs âmes, car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves. Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous, car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier.

Vous êtes les arcs par qui vos enfants comme des flèches vivantes sont projetées. L'archer voit le but sur le chemin de l'infini et il vous tend de sa puissance pour que ses flèches puissent voler vite et loin. Que votre tension par la main de l'archer soit pour la joie, car de même qu'il aime la flèche qui vole, il aime l'arc qui est stable ... »

 

Et pour aller encore plus loin,

La domination adulte, d'Yves Bonnardel, Edition Myriadis.


En pre chant le respect a un enfant on ne lui apprend pas le respect on lui apprend a pre cher le respect est enseigne aux enfants en les respectant
 

 

Comment en arrive-t-on à l'éducation bienveillante?

Les m2Ça y est, nous allons être parents ! Le ventre de madame s'arrondit pendant que monsieur commence à se ronger les ongles.

Serait-ce que futur papa égrène déjà l'infinitude des responsabilités à perpétuité envers ce bambin pour bien l'éduquer ?

Future maman, de son côté, tout à ses hormones depuis son petit nuage, jubile, vomi ou/et pleure...

Le ventre s'arrondit encore. Lui, décide d’envisager plus concrètement son rôle de père pour épargner ses ongles. Donc il en parle à son collègue qui a lui-même 3 enfants.

Collègue qui lui suggère d'écrire noir sur blanc le papa qu'il rêve d'être. Pas le contraire de son père à lui ni un ersatz ! Non ! Mais un papa tout neuf, avec ses propres convictions et ses envies à lui.

Ben facile ! Attrapant une feuille blanche A4, le stylo plume dans la main, il écrit... rien... c'est le vide sidéral : que tchi, nada, walou !!!

Futur papa décide alors d'enquêter plus avant auprès du collègue pour en savoir plus. C'est bien joli de lancer des trucs comme ça, encore faut-il aiguiller.

 

Le collègue propose une piste, l'éducation bienveillante.

 

Future maman en a entendu parler, mais ça paraît à la fois tellement idyllique et tellement compliqué à mettre en place qu'elle freine des quatre fers.

Bon, nous achetons quand même Le Livre qui va tout expliquer. Y a plus qu'à apprendre tout par cœur pour le mettre en pratique quand bébé sera là. En lisant, il y a des choses qui contrarient, toute cette considération envers les enfants, alors que nous n'en avons pas reçu, nous, petits. Dès lors, est-ce vraiment nécessaire ?

Repapotons avec le collègue et son épouse qui ont l'air de s'en sortir les doigts dans le nez, avec leurs 3 bambins.

Ils racontent combien, avant, ils ont pu dégoupiller, hurler, s’égosiller, fesser même parfois, sans arriver à quoi que ce soit : pendant que l'aîné jouait gaiement aux dominos avec les céréales, que le second écrasait jouissivement les dits-dominos de ses 10 doigts et que le troisième étudiait à la loupe sa récente production dans le pot, la seule idée qui leurs venait était de leurs crier d'arrêter. Mais les enfants sont sourds au cris. Et voilà que l'aîné et le second s’empoignaient à cause des céréales-donimos pendant que le dernier avait fini par plonger, tête la première, dans le pot. Beurk !

S'arracher les cheveux ? À quoi cela aurait servi mis à part à avancer l’âge d’une éventuelle calvitie, pour lui ? Crier ? À quoi bon user ses cordes vocales, ils n'entendaient toujours pas. Alors ils finissaient par dire aux 2 aînés : « attention papa va se fâcher très très fort, si vous n’arrêtez pas tout de suite. Vous la voyez celle-là ? Elle va s’abattre sur vos joues réjouies avant même que vous ayez compris ce qu’il vous arrive ! ». Quant au dernier, le noyer sous la douche en frottant énergiquement était certainement la seule façon de le ravoir.

Tu parles d'une RTT! Profitez de vos enfants qu’ils disaient.

Menace, chantage, noyade, rien n'y faisait, la solution était ailleurs...

 

La vie est comme un pont

Le collègue explique ce qu'il a compris du principe de base. Considérons que l'enfant qui naît doit obligatoirement aller de son premier souffle à sa mort. Ce qui est le cas de tout le monde, sauf peut-être pour les extra-terrestres. Si quelqu’un connaît un extra-terrestre qui peut nous renseigner, cela nous intéresse.

Imaginons maintenant la vie comme un pont reliant ces deux paramètres incontournables.

Entre les deux rives, cachées au fond de l’abîme, se trouvent toutes les inconnues de la vie qui font flipper, parce que, justement, elles sont inconnues.

De plus, la violence, les interdits, les injustices, les incompréhensions, les punitions, les récompenses, l'autoritarisme, le laxisme... mettent des obstacles sur le pont. Forcément, un obstacle, ça donne envie de le dépasser. Surtout quand l’enfant doit aller obligatoirement de l’autre côté du pont. Il va donc inévitablement devoir, soit les contourner en évitant la chute dans le précipice, soit passer par dessus sans forcément en avoir les capacités.

Nous, les parents, sommes là pour rassurer l’enfant en lui livrant tous les outils adéquats afin de sécuriser son pont, en construisant des rambardes : c'est l'éducation bienveillante.

 

Comment le collègue a t-il construit les rambardes ?

Comprenant que les enfants sont les plus grands « copiteurs » de la Terre, au moins, de Mars, on sait pas, le collègue s'est attelé à remettre en question ses comportements. Quand il était enfant, qu'attendait-il de son père, qu'il n’a pas forcément eu. Sur sa feuille blanche A4, il a écrit le papa dont il avait rêvé. C'est les larmes aux yeux qu'il réalise que la seule chose qu'il attendait, lui, enfant, c'était que ses parents l'aiment comme il était, pour l'accompagner dans ses expériences à grandir. L'amour inconditionnel, quoi ! Il s'est donc mis en quête de guérir ses blessures afin d'arrêter de les transmettre et a décidé de mettre en place l'éducation bienveillante.

 

Futur papa et future maman, sur la route de la maternité, se disent que l'arrivée d'un bébé ça vaut le coup de changer des choses, même si ça paraît compliqué. Ils se sentent prêts maintenant à s'investir dans l’éducation bienveillante, quitte à remettre en question leurs acquis éducationnels.

 

Un livre que nous apprécions : " Une éducation bienveillante et efficace " Laurence Dudek

 

Être parents, c'est quoi ... ?

Les m2C’est le plus vieux métier du monde depuis que l’Homme existe (Et non ! ce n’est pas la prostitution, comme l’a baptisée Rudyard Kipling dans sa nouvelle de 1888 : Sur le mur de la ville.) Donc, comme tout métier, il y a besoin d’un mode d’emploi. Sauf que, Charlemagne n’ayant pas eu de jumeau à la barbe fleurie, il n’y a jamais eu d’école pour devenir parents. Être parents se doit d’être instinctif, inné, même si c’est « à la va que j’te pousse ».

 Nous tenons notre éducation de nos parents qui eux-mêmes la tiennent de leurs parents, qui eux-mêmes la tiennent de leurs parents, qui eux-mêmes la tiennent de leurs parents, qui eux-mêmes la tiennent de leurs parents… Bref, nous l’avons compris, et ce, depuis que l’homme s’est redressé sur ses 2 pieds. Cette éducation est restée la même depuis le début, à cela près que chaque génération y a mis son grain de sel, tantôt peaufinant certains aspects, tantôt reniant d’autres caractéristiques, tout en gardant sa substantifique moelle venue du fond des âges.

Imaginons que notre éducation soit une valise remplie de vêtements. Depuis les peaux de bêtes de nos premiers ancêtres aux jeans troués d’aujourd’hui, en passant par les toges du néolithique, les braies des Gaulois, les broderies de la renaissance, les corsages baleinés du XVIIème, les perruques de la Régence, les Sans-culottes de la Révolution, les crinolines du second Empire, les froufrous des années folles, les bikinis des Sixties délurées, les pattes d’éph des Seventies émancipées, c’est tout une garde-robe éclectique qui s’offre à nous. Bien chargée la valise! Et souvent difficile à porter tous ces vêtements démodés. Si toutefois certaines tenues reviennent au goût du jour, encore faut-il que la taille soit bonne, ça serre d’un côté, ça baille de l’autre, non, vraiment, ça va pas le faire.

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Et bien, c’est pareil avec notre façon d’être parent. On hérite, on hérite, on hérite, mais on a perdu de vue que l’être humain est en perpétuelle évolution.

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Quand parents riment avec éducateurs sans formation 

Au moment de devenir parents, nous avons donc une pleine valise d’exemples.

Toutefois, nous, nous voulons être des parents parfaits, car soyons honnêtes, on pourrait mettre « peu mieux faire » à nos éducateurs. Effectivement, il y a des choses que l’on a appréciées et d’autres que l’on a détestées. On va donc vouloir reproduire ce qui nous a convenu et faire l’inverse de ce qui nous a déplu, voire meurtri. 

Première chose : identifier ce que l’on a détesté. En général, ce sont les fessées, les remontrances, les réflexions, les humiliations, les coups, les injures, les abandons, les rejets, les trahisons, les injustices, le laxisme, l’autoritarisme, la soumission...

Bon, ayant conscience de cela, il va être facile, en faisant l’inverse, d’éviter ces écueils... Sauf que, lorsque nous serons fatigués de toujours faire le contraire de ce que nous avons vécu et que les comportements déstabilisants, imprévisibles appuyant là où ça fait mal et inadéquats de nos chérubins auront fait remonter les blessures non-guéries de notre enfance, nous aurons le cocktail idéal pour dégoupiller. Et c’est ce que nous ferons ! Nous nous arracherons les cheveux pour trouver l’art et la manière d’avoir des enfants sages dont on nous fera des compliments. Des enfants qui réussiront. Des enfants qui feront de bons adultes et dont on sera fiers. Il y a tellement d’enfants qui font honte ! C’est terrible des enfants qui font honte ! Et que dire du regard désapprobateur des personnes alentour ?

L’espace de ce moment, nous ferons tout ce que l’on s’était promis de ne pas faire, quitte à le regretter plus tard.

 

Se pourrait-il qu’il y ait des techniques ?

Oui, s’essayer à l’éducation bienveillante ou positive et diablement efficace. Les détracteurs diront que c’est du laxisme que ça fait des enfants rois, que les enfants ne savent pas se défendre devant les agressions, que ça les responsabilise trop tôt les empêchant de vivre leur vie d’enfants, que ça culpabilise les parents, que ça prend du temps, de l’énergie. Un enfant ça ne sait rien, c’est nous les adultes qui devons les guider car c’est nous qui savons pour eux à travers nos expériences. « Et puis, c’est comme ça et pas autrement, personne n’en est mort ». Qu’est-ce qu’on va tout remettre en question ? Donc inutile de chercher à changer ce qui a toujours été et qui fonctionne très bien. Nous ne sommes, finalement, pas si mal que ça. Info ou intox ?

Pour notre part, nous avons testé l’éducation bienveillante et efficace, en dépit de tous nos doutes et de notre côté réfractaire aux changements compliqués qui pourrait prendre du temps, et à l’apprentissage de ces techniques, et nous avons adoré. Cela nous a appris à considérer nos enfants différemment ; à apprendre d’eux autant qu’ils apprennent de nous ; à se souvenir que nous avons été des enfants avec tout le lot de « bêtises », de besoins, de rêves, de larmes, de cris... qui s’y rattache ; à retrouver la joie et le bonheur d’être parents dans un quotidien mouvementé ; à apaiser les relations ; à lâcher ladite valise car tant que l’on fera pareil ou à l’inverse ce ne sera pas nous, ça sclérosera notre créativité profonde. Bien sûr, les blessures de notre enfance auront besoin d’être guéries, entendues, accueillies et ça c’est un autre aspect de la parentalité : nos enfants et notre enfant intérieur. Être parents, c’est un cheminement plein de bonheur.