Tranche de vie, martinet et petit billet ...

Pour la trois cent millième fois, le lycée Boris Prévert vient d'informer par SMS urgent, que Lou, progéniture de Jessi et Lulu, avait eu 5 minutes de retard en cours de technastique.

- Comme d'habitude, répondent les parents, -nous montons d'un degré la punition. Cette fois-ci, nous fouetterons Lou, cul nu, en place publique, dès son retour. Et nous nous précipitons d'achever la cage à 3 verrous sous l'escalier pour l'y enfermer, afin de lui apprendre le respect.

Dans le même temps, Vic, également enfant de Lulu et Jessi, vient de se voir récompenser par un petit billet, somme toute, conséquent, pour avoir rangé sa chambre dans les moindres détails.

Hallelujah ! Punitions et récompenses ! On vous aime. Vous faites de nous les dieux de l'éducation. Grâce à vous, nos enfants savent où est le bien et le mal !

Lou

Lou, l'humiliation et l'injustice à fleur de larmes, maudit le ‘’chatbus’’ conduit par ses parents, qui arrive systématiquement 5 minutes en retard, du fait des embouteillages.

C’est chez Monsieur Madeleine, le voisin de palier, que Lou, tout à sa révolte bouillonnante échappée de la cage aux 3 verrous, vient chercher du réconfort. La punition infligée pour 5 petites minutes de retard, même pas de son fait, caractérise une parfaite tyrannie abyssale incommensurable ! Lou haït le monde. Alors, tout au fond de son être s’échafaude une terrible vengeance, naît d’un furieux sentiment de haine irrépressible. Sus au lycée ! Sus aux parents ! Sus à la société !

- Oh là ! intervient Monsieur Madeleine, -j'ai déjà donné dans ce sens et crois-moi, c’est un contre sens. Heureusement, j’ai croisé la compassion et l’amour de l’évêque Myriel à qui j’avais volé des couverts en argent. « N'oubliez pas, n'oubliez jamais que vous m'avez promis d'employer cet argent à devenir un honnête homme » m’a-t-il dit tout en rajoutant deux chandeliers en argent aux couverts dérobés. J’ai ainsi découvert la capacité à s’améliorer que chaque être humain possède en lui... À cette époque, je m’appelais Jean Valjean.

Vic

Vic thésaurise. Son cochon tirelire est rempli à ras bord de ses réussites récompensées. Vic range sa chambre, juste dans l’espoir de ce petit billet. Rien ne dépasse sauf l'attrait de la récompense. Vic ne le fait pas pour son bien être. Non. Seulement pour se faire aimer.

Si se faire aimer passe par les récompenses, Vic ne pourra plus jamais ruer dans les brancards. Pourtant Vic aurait de quoi, entre la pression pour devenir quelqu'un de bien et son envie impérieuse à devenir saltimbanque, reniée par ses parents. Cette fois-ci la cage est doré mais elle a aussi trois verrous.

Lou et Vic

Entre martinet pour Lou et petit billet pour Vic, le degré des punitions et des récompenses monte toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus haut pour s'adapter à l'exigence des âges grandissants. Faudra t-il en arriver à achever Lou sous les coups et asphyxier Vic sous une montagne d'or, pour arrêter cette escalade vertigineuse et folle ?

« Un arbre qui grandit dans une caverne ne porte pas de fruit » Kalil Gibran.

Lulu et Jessi

Avec horreur, les parents de Lou et Vic prennent conscience du pouvoir malsain et démesuré des punitions et des récompenses. Ce côté où l'irréparable pourrait devenir la seule issue par la force des choses, l'amour inconditionnel ayant déserté l'éducation.

C’est grave doc ? Oui ! Mais ça se guérit !

Lulu et Jessi décident alors de faire table rase de tous les exemples d'éducations reçues pour créer la leur propre, pleine d'amour inconditionnel, de compassion, d'accompagnements et de partages d’expériences. Les ancrages déplaisants utilisés, jusqu'à présent, sont alors déconstruits (Cf. billet « comment copiner avec nos 5 sens »). Les parents de Lou et Vic se plongent donc, voracement, dans la lecture et le visionnage de films et de livres sur le cerveau des enfants (entre autre le film documentaire de Stéphanie Brillant : le cerveau des enfants, 2018). En s’imprégnant de toutes ces découvertes, Jessi et Lulu découvrent leurs enfants sous un nouvel angle.

Non, nos enfants ne sont pas des monstres, ce sont juste des enfants.


 

« On ne peut pas grandir dans une maison où les gens ne s'aiment plus, si?
Non. On ne peut pas. Pousser peut-être ? Mais pas grandir
. » L'échappée belle, Ana Gavalda


 

« Les enfants, c'est fait pour grandir, pour s'en aller vers l’avenir, en laissant derrière eux des rires, plein de rêves et de souvenirs. » Yves Duteil, les fées.

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