À chacun sa vérité

Les m2Ou comment interpréter un même et unique événement sans importance sous le joug de notre passif émotionnel.

« Le Club des cinq » reprend du service. Dagobert aboie. Claudine, Annie, François et Mick le regardent. Que lui arrive-t-il ? Pendant que Claudine se précipite à la porte d'entrée pour souhaiter la bienvenue à un éventuel visiteur, Mick passe sur le mode défensif pour contrer un possible intrus. Annie téléphone à la police et François, tremblant, se tapit derrière le canapé.

Qu'est-ce à dire ? Personne n'a la même réaction à l'aboiement de Dagobert. Normal tout dépend du point de vue où on se place, par rapport à l'idée qu'on s'en fait.

Et l’idée qu'on s'en fait, elle vient d'où ? Du passif formaté d'être humain que nous sommes. Quel ancrage ont-ils bien pu faire avec l'aboiement ?

                                                              Dagobert

À chacun son formatage

Quand le chien de la famille hippie de Claudine aboyait, quelqu'un se précipitait à chaque fois de bon cœur pour ouvrir la porte. La tribu tenait toujours sa porte ouverte pour l'invité de passage cherchant, qui un repas, qui un abri, qui des échanges.

Pour ce qui est du chien de Mick, il avait été dressé à prévenir du danger, du fait qu'un matin, tapi dans un coin du perron, un mammouth laineux, (et oui celui-là même du billet « pourquoi sommes-nous accro aux mauvaises nouvelles ? »), avait cherché à faire intrusion dans la maison. Convenons-en, un mammouth laineux au beau milieu du salon, ça fait désordre. Vaut mieux éviter.

Quant à Annie, fille, petite-fille, et arrière petite-fille de gendarme, elle avait appris qu'au moindre aboiement suspect inhabituel, elle devait composer le 17, illico.

Quand le chien du voisin de François aboyait, c'est que son maître rentrait saoul en hurlant violemment sur tout ce qui bougeait. François s'enfonçait alors très fort les doigts dans les oreilles du fond de son placard pour ne plus rien entendre.

Notre passif émotionnel...

Problématiques, ces émotions qui interviennent sans qu'on leur demande quoi que ce soit. Certes leur arrivée impromptue sans crier gare peut parfois nous rendre service. Mais lorsqu'elles exagèrent, elles nous imposent des réactions démesurées que nous regrettons souvent par la suite.

Que faudrait-il faire pour éviter qu'elles s'indépendantisent à notre insu ?

Les regarder droit dans les yeux pour bien comprendre ce qu’elles sont.

Claudine : Une visite ? Chouette ! Sûrement un invité de passage !... Ceci dit, peut-être que j’aurais pu réfléchir avant d'aller ouvrir la porte car il n'y avait personne. J'ai l'impression qu'il faut toujours que j'ouvre ma porte à tout le monde pour me sentir bien.

Mick : L’aboiement a retenti comme une sonnette d’alarme. J'ai eu peur pour moi et les autres ! Peut-être que ce serait bien d'arrêter de voir des mammouths laineux partout !

Annie : J'étais en mode robot. Dagobert aboie. Je compose automatiquement le 17. C’est instinctif. Un réflexe venu de je ne sais où qui ne me ressemble pas du tout.

François : les aboiements de chien me terrorisent depuis tout petit. Ce voisin était si détestable ! Si glaçant ! Si effrayant ! Je voudrais bien parvenir à couper avec ce traumatisme.

Et comment on les gère, ces émotions pas toujours à bon escient?

Toute la difficulté est de cerner la réalité quand elle est voilée par la subjectivité.

Claudine, Mick, Annie et François ont juste revêtu des tenues, stockées dans la valise dégueulant de toutes les frusques de leurs ancêtres (cf. billet : être parents, c'est quoi), sans trier, sans remettre en question le moindre vêtement, ni essayer de créer leur propre collection.

Visiblement, leurs réactions automatiques irréfléchies ne leur appartiennent pas en propre. C’est ce qui leur confère un caractère inapproprié.

Donc, débarrassons-nous de ces vieux vêtements qui godent, grignent, godaillent, usés jusqu'à la trame, sans plus aucune tenue et complètement démodés

                                                                          Vetement use

Vive la collection nouvelle !

 

Finalement

Dagobert aboie juste parce qu'une mouche passe. Les quatre amis s'en amusent et rient devant l'air désabusé de Dagobert qui a raté la mouche.

Et comment qu'on se débarrasse de ces vieux vêtements poussiéreux et d'un autre temps ?

Nous, nous faisons des défis. Par exemple, à partir d’aujourd’hui et jusqu’à vendredi prochain, nous nous engageons à éliminer les négations de nos phrases : au lieu de « je n’aime pas », nous disons: « je préfère ». « Le magasin n’ouvre pas avant 10h » devient « le magasin ouvre à 10h ». « Il ne fait pas beau » devient « il pleut », « il vente » ou « il fait chaud ». Visiblement, le fait de factualiser évite de s'approprier les ressentis des autres. Nous nous créons notre propre garde-robe.

Nous mettrons régulièrement quelques trucs et astuces qui ont bien fonctionné pour nous. À vous maintenant... La langue française est très riche.

 

Suggestions

La pièce de théâtre « À chacun sa vérité » de Luigi Pirandello

Le film d'animation « la véritable histoire du petit chaperon rouge »

Commentaires (1)

Petit Pois
  • 1. Petit Pois | 22/02/2019
J'apprécie votre mise en forme ! Merci

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