L’herbe est-elle vraiment plus verte ailleurs ?

La fable de Jason et Sheeperd

Mouton1 1Jason et Sheeperd,Mouton2 1

tondeuses écolos à 4 pattes, mâchoire pendante et yeux écarquillés, buggent en admirant le green de l'enclos voisin. Ils en rêvent de cette herbe verte, tellement plus verte ! Tellement plus tendre ! Tellement plus goûtue ! Si alléchante ! Si affriolante ! Si gourmande ! Quelle félicité ce serait de la brouter ! Même seulement de la humer. Pas plus. Au début, du moins.

Mais Jason et Sheeperd ne sont pas dans le bon pourpris. Ils sont nés du mauvais côté de la barrière ! Ils se disent que leur berger aurait tout intérêt à copiner avec le voisin pour qu’il donne sa recette pour un tel gazon ou pour les y mettre à tondre.

Dès lors, dans les cerveaux de Jason et Sheeperd, s’échafaude une moutonnerie : se pourrait-il que, par le plus grand des hasards qui n’existe pas, se trouve dans la clôture, un passage pour le Nirvana d’à côté ?

Pourquoi vouloir brouter l’herbe d’à côté ?

Pour être heureux, parbleu ! À n’en pas douter, cette herbe est magique. La même couleur verte jour après jour. Une brillance comme nulle part ailleurs. Une étendue à perte de vue.

Avec pareille verdure, ils auraient deux fois plus de laine sur le dos, c’est indéniable. Également une qualité bien supérieure. Et inévitablement, plus de considération du monde entier. Ils pourraient même devenir célèbres pour leur toison, qui, n’en doutons pas, deviendrait de l’or. De véritables légendes qu’ils seraient. Des célébrités.

Ils prévoient de devenir les producteurs exclusifs de la fabrique de pelotes de laine du coin. Ils envisagent déjà la quantité qu’ils devront fournir pour alimenter le monde en pulls, couvertures, chaussettes, bonnets, gants, moufles, estampillés « Jason et Sheeperd » ou « Sheeperd et Jason ».

Ils s’imaginent, adorés, adulés, vénérés comme les rois de la toison d’or. Une cour défilera à leurs sabots chaque jour. L’herbe leur sera servie sur un plateau. Quasi pré-mâchée. Finie la tonte. Plus besoin d’effort. Plus aucune fatigue. Une vie débonnaire se déroulant comme un long fleuve tranquille, où Patrick Bouchitey chantera en s’accompagnant à la guitare : « Jésus revient, Jé-ésus revient... ». Le Paradis, le Firdaws, l’Eldorado ! Quelle béatitude !

Et tout ceci accessible par le trou, enfin repéré, dans la clôture !

L’herbe d’à côté                    Nous volons!!! sans fumée, sans alcool, juste avec un peu d'herbeMoutons

Ça y est, ils y sont ! Ils foulent doucement le green qui crisse sous leurs sabots. Rien que ce petit bruit les ravit et les met en appétit. Complètement différente de leur pâture. Leur herbe à eux ne fait pas ce crissement prometteur. Leur herbe à eux n’est pas toujours verte. Leur herbe à eux ne brille pas....

Et pour cause...

Au premier coup de dents dans le green, Jason et Sheeperd sont surpris. Le goût n’est pas vraiment celui escompté. Ils s’attendaient à ce que les brins soient tendres, juteux, exquis. Qu’ils les fassent saliver de toutes leurs glandes et qu’ils leur offrent un véritable festin. Mais rien de tel. La perplexité se lit dans leur regard. Qu’est-ce donc que cette prairie-là ?

Pour être tout à fait sûrs, ils tondent une deuxième bouchée. La font tourner en bouche. La collent au palais. La mâchent avec attention pour en extraire la substantifique moelle. Mais rien ! Tout aussi décevante. Même très désagréable. Carrément écœurante. Cette fois-ci ils recrachent la lippée. Infecte. Abjecte. Cette herbe sur laquelle Sheeperd et Jason avaient tiré des plans sur la comète s’avère repoussante. Immangeable. Pire que n’importe quel foin de 10 ans d’âge ! Quelle est donc cette sorcellerie ?

En réalité, le green n’est qu’une vaste étendue de gazon artificiel pour golfeurs amateurs ! Certainement pas une pâture à tondre avec délice.

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Épilogue

Quelle déception ! Si prometteur, ce gazon. Si brillant. Si parfait. Si plein de promesses. Jason et Sheeperd en avaient tellement rêvé. Tout dépités, ils rentrent la tête basse dans leur prairie. Par habitude, ils se mettent à brouter, en bonnes tondeuses écolos à 4 pattes. Ils trouvent qu’elle est quand-même meilleure cette herbe. Même si elle ne brille pas. Ne crisse pas. N’est pas toujours aussi verte.

Et puis, à se faire servir, ils se seraient empâtés, Sheeperd et Jason. Ils n’auraient plus été que des machines à pelotes de laine. Ça a son charme, peut-être ? Mais pas pour eux.

Le gazon synthétique, beurk !                  

Moralité

« Si l’herbe est plus verte dans le jardin de ton voisin, laisse-le s’emmerder à la tondre »

John Florence Sullivan dit Fred Allen, humoriste du début du XXème siècle

 

               Les m2

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